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Théâtre forum  » TRAVAIL ET EMPLOI  » Relevé de conclusion !


Atelier citoyen : Association LHAYCITÉ,   séance du 16 janvier. 


Comment faire pour moins souffrir en travaillant ?

Comment faire pour affronter la lutte des places ?

 

J’ai appris, compris (écriture collective à l’issue du théâtre forum)

  • J’ai remarqué qu’il était nécessaire de créer de la solidarité entre les salariés et que cela nécessite d’être dans l’expression de son ressenti et dans un deuxième temps de demander à l’autre ce qu’il ressent,
  • Que la solidarité est nécessaire, mais cela demande un pouvoir fort des syndicats,
  • Que quand il y a du débat, des échanges d’idées, la situation apparaît plus complexe et on quitte la phase de « il faut vite prendre une décision, j’ai pas le temps, c’est ici et maintenant ». Car chacun est déstabilisé et il s’aperçoit que la décision qu’il va pendre ne tient pas, face à une situation complexe,
  • Qu’on est restés longtemps figés sur le terme « Lutte des classes » et aujourd’hui je découvre la notion de « Lutte des Places ». Mais que ce soit les classes ou les places, la question de la souffrance au travail se pose toujours de façon cruciale,
  • Que le débat a amené de la complexité. Au début je me sentais dans l’impasse et au fur et à mesure du théâtre forum, je trouve qu’on se décale, ça se déplace. Ce n’est pas fatal. Le débat fait apparaître d’autres possibilités,
  • Je trouve que pour se défendre contre la lutte des places il ne faut pas se laisser diviser. Il faut rester solidaires,
  • Je pense qu’il ne faut pas se défendre contre la lutte des classes, mais il faut la mener et cela demande un renvoi à l’Histoire puis un retour sur aujourd’hui,
  • Qu’il est nécessaire de travailler sa peur et sa résistance au changement : cela se prépare,
  • Que le rapport au manager n’est pas figé. Il peut y avoir plusieurs personnalités de managers. Donc selon la situation mais aussi selon la personne, on peut appliquer plusieurs stratégies. On peut même éventuellement l’associer, ce que je n’avais jamais imaginé,
  • Cela ma invité à me poser la question suivante : « comment on replace l’humain dans le monde du travail ? ». L’humain qu’on a tendance aujourd’hui dans cet univers à vouloir enfermer dans le domaine du pragmatisme de la robotisation, de la performance, de l’efficacité pure et dure. Donc comment on replace l’humain par rapport à son travail mais aussi par rapport aux autres qu’il côtoie et dont il doit se soucier. Il y a donc nécessité de travailler sur cette double dimension de l’humain : face à l’autre et face à son travail,
  • Que quand on est plus à l’écoute du ressenti de l’autre et de ses propres ressentis, on arrive à sortir des préjugés et des clivages pour aller vers la rencontre, pour plus de solidarité et plus d’humanité dans les rapports humains,
  • Que peut importe l’endroit où on se trouve, et la place qu’on occupe, que l’on soit directeur, stagiaire, personne plus ou moins bien établie dans son boulot, tout le monde souffre dans le monde du travail,
  • D’entendre les autres réflexions, on se dit qu’en tant qu’ancien on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de jeunes qui ne se rendent pas compte des difficultés et de toute cette lutte et qu’il y avait peut être plus de solidarité avant.  

 


 Que nous apprend le débat du 16 janvier ? 


Tentative de synthèse du relevé de conclusion par René Badache à partir de l’écriture collective :

La souffrance au travail n’est pas un phénomène nouveau. Tout le monde est d’accord pour tenter de créer de la solidarité entre salariés, pour moins souffrir.

Mais pour certains, l’histoire nous apprend qu’elle a accompagné l’exploitation des travailleurs. Il serait donc opportun pour se débarrasser de cette souffrance de prendre part à la lutte des classes, et la mener et non s’en défendre. Du point de vue de ceux qui vont dans ce sens, rien n’a changé au 21ème siècle, car cette solidarité, aujourd’hui comme hier demande de mener la lutte des classes et un pouvoir fort des syndicats.

Pour d’autres, le débat révèle que le monde est plus complexe que cette confrontation classique entre classes sociales. On est en effet restés longtemps figés sur le terme « Lutte des classes » et aujourd’hui on découvre la notion de « Lutte des Places ».

Le débat a amené de la complexité qui a permis de sortir de l’impasse de la fatalité de la souffrance au travail. Pour cela, diverses voies ont été proposées afin de mieux tenir compte du passage de la lutte des classes à la lutte des places.

Peu importe l’endroit où on se trouve, et la place qu’on occupe, que l’on soit directeur, stagiaire, personne plus ou moins bien établie dans son boulot, tout le monde souffre dans le monde du travail.

Donc, créer de la solidarité entre les salariés nécessite d’être dans l’expression de son ressenti et dans un deuxième temps de demander à l’autre ce qu’il ressent. Quand on est plus à l’écoute du ressenti de l’autre et de ses propres ressentis, on arrive à sortir des préjugés et des clivages pour aller vers la rencontre, pour plus de solidarité et plus d’humanité dans les rapports humains. L’humain qu’on a tendance aujourd’hui dans cet univers à vouloir enfermer dans le domaine du pragmatisme de la robotisation, de la performance, de l’efficacité pure et dure. Donc, la question est : comment on replace l’humain par rapport à son travail mais aussi par rapport aux autres qu’il côtoie et dont il doit se soucier ?

Le débat forum nous fait découvrir, que le rapport au manager n’est pas figé. Il peut y avoir plusieurs personnalités de managers. Selon la situation, mais aussi selon la personne, on peut appliquer plusieurs stratégies. On peut même éventuellement l’associer, ce que certains n’avaient pas imaginé auparavant. Il est nécessaire pour cela de travailler sa peur et sa résistance au changement. 

 

Éclairage de Vincent de Gaulejac, sociologue, professeur émérite université Paris 7 Denis Diderot :

On a touché avec ce théâtre forum le cœur de ce qui fait aujourd’hui société, le rapport entre l’être de l’homme et l’être de la société. Les contradictions de ces deux sphères qui sont considérées comme séparées mais qui sont en fait intriquées.

Sociologiquement, la lutte des classes, les patrons contre les ouvriers, ceux qui décidaient et ceux qui exécutaient, a fait place à la lutte des places.

La lutte des places à trois visages. Celui de l’excellence pour les winners, celui de l’exclusion pour les loosers, celui de la peur de perdre sa place pour tous ceux qui sont confrontés à aux nouvelles lois du marché du travail. Le DRH, le frère de Marina et sa fille représentent bien les premiers. La « réussite professionnelle est leur seul horizon, même si pour y arriver, ils doivent éliminer tous ceux avec lesquels ils se retrouvent en compétition. La sœur de Marina et François sont l’incarnation du deuxième visage, si ce n’est que le choix d’être artiste est choisi alors que le fait de se retrouver au chômage puis au RSA est subi. Le visage de la peur est incarné par les deux collègues de Marina qui savent bien que le nouveau poste de consultant auto entrepreneur est un piège qui participe à les mener sur le chemin de l’exclusion.

Les scènes illustrent également le processus d’individualisation et de psychologisation des relations de travail. Chacun est renvoyé à des choix individuels. Il devient responsable de son devenir, de sa carrière, de ses réussites et de ses échecs, comme si les déterminants sociaux avaient disparu. La conflictualité se déplace du niveau social au niveau individuel. Au temps du capitalisme industrielle la conflictualité se traduisait par des mouvements sociaux, classe contre classe. Aujourd’hui la conflictualité s’exprime essentiellement à travers des conflits psychiques et psychosomatiques. Faute de pouvoir lutter tous ensemble pour dénoncer l’exploitation, les travailleurs intériorisent l’exigence de performance, de productivité, de rentabilité. S’ils ne sont pas performants, ils se sentent nuls, jusqu’à s’exclurent d’eux-mêmes. La plupart tombent en dépression, justifiant ainsi leur mise au placard ou à la prote. D’autres se tuent à la tâche pour ne pas se retrouver sur la touche et tenté de conserver leur place, rongés par la part de basculer du côté des looser. L’épuisement professionnels, le burn out, l’hyper stress sont autant de symptôme d’une course à la performance sans limites. Ils acceptent sans broncher de rentrer dans la spirale paradoxante de l’exigence du toujours plus. Faire plus avec moins devient la norme. Tu l’acceptes ou tu pars disent les bons conseilleurs.

La lutte des places c’est l’individualisation : chaque individu est renvoyé à lui-même pour faire sa place dans la société car il n’est plus uniquement déterminé par sa naissance.

Ce qui se passe aujourd’hui pose cette question : comment se fait-il que les conditions objectives de travail ne cessent de s’améliorer et que les conditions subjectives de travail ne cessent de se détériorer ?

Les politiques de « gestion des ressources humaines » soumettent les entreprises aux exigences des marchés financiers. La valeur travail tend à disparaître au profit de la « share holder value », la valeur pour l’actionnaire. Dans ce contexte le lean management devient la référence. Introduit au sein des usines Toyota (Toyota Production System) au cours des années 70, le lean management est un système de gestion destiné à améliorer au mieux la performance, la rentabilité et la réduction des coûts : il s’agit de faire plus, avec moins à partir d’un certain nombre de principes : le juste à temps,

la diminution des stocks, la lutte contre les gaspillages, la réduction des défauts, 
la production à flux tendus, la maîtrise des délais, la flexibilité. Il s’agit en définitive de faire plus avec moins, ce qui débouche sur une réduction des effectifs.

Les organisations deviennent paradoxantes. C’est dire qu’elle confronte les travailleurs à des dilemmes insupportables : faire plus avec moins ; décrocher un CDI pour remplacer deux collègues à plein temps ; perdre sa vie à la gagner. Avec la révolution numérique, plus on gagne du temps, moins on en a. Il faut apprendre à supporter les injonctions paradoxales sans devenir fou. Le bon moyen est de partager avec ses collègues et plus largement tous ceux qui sont confrontés aux mêmes injonction. Dans un premier temps pour comprendre que ce que chacun vit de façon personnelle et isolé est partagé par beaucoup d’autres. Que c’est le système qui rend malade. Que c’est donc lui qu’il faut changer. Cette « métacommunication » (communication sur le système et non pas dans le système) favorise la lutte contre la psychologisation des problèmes, l’identification des causes du malaise ressenti chacun et l’action collective pour lutter contre.

 

  • Comment peut-on changer ?

Être dans l’attention à l’éprouvé de l’autre, plus proche et plus solidaire,

Remettre en question la genèse d’une restructuration. Aujourd’hui, l’organisation paradoxante, le « lean management », faire plus avec moins, la compétitivité amènent à des paradoxes. Par exemple, pour lutter contre le chômage il faut réduire les effectifs,

Il faut que les syndicats s’en mêlent, mais la décision est souvent prise en amont, d’autres disent qu’il faut se passer des syndicats et aller voir les autres salariés pour être porteurs de la lutte. Mais s’il ne s’agit que d’irruptions, cela ne crée pas une mobilisation sociale.

Il reste la com : créer un rapport politique : créer un débat public sur les causes du malaise et le faire savoir.

Des réunions comme celle de ce soir, il y en a partout. Aujourd’hui, il y a multiplicité d’initiatives de ce genre. On est souvent enfermés dans des stratégies d’adaptation, de résistance ou de fuite. Mais il faut trouver autre chose, un niveau méta : la part de chacun d’entre nous qui sait qu’il faut faire autrement. Chercher la transformation pour retrouver du pouvoir. On l’a vu dans le forum : on peut faire autrement !

  • 3 niveaux d’action :

Au niveau de l’Intérêt personnel, familial : il est nécessaire de se trouver comme Sujet et s’affirmer par rapport à ses choix,

Au niveau organisationnel : ne pas se soumettre passivement : en tant que salarié, à quelque niveau qu’on soit, on doit se poser la question : « est-on au service de l’organisation ou de l’institution ? »

Au niveau politique : retrouver le sens des productions créatrices.

C’est ce qu’on a fait ce soir : le théâtre forum est une des formes de productions créatrice, merci aux acteurs et aux autres.

 

Merci aux spect’Acteurs

 D’après le notes prises par René BADACHE

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