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Théâtre–forum et resocialisation

ACTIF en partenariat avec la Boutique Solidarité de Gagny (93). Depuis 2005

Quelques lignes sur cette action…

Depuis maintenant six ans, les accueillis de la Boutique Solidarité de Gagny (accueil de jour de la Fondation Abbé Pierre pour les personnes en grande précarité) pratiquent le théâtre-forum sous forme d’ateliers réguliers. Au fil du temps, un noyau dur particulièrement impliqué s’est formé, ce qui permet au groupe de progresser dans ses questions et ses envies et contribue à mettre rapidement les participants de passage en confiance.

Le projet a pour objectif de proposer la méthode du théâtre-forum à un groupe composé d’accueillis et de professionnels de la Boutique Solidarité, en vue d’ouvrir un espace de parole et de convivialité au sein de la structure, permettant aux personnes accueillies d’amorcer une réflexion collective sur leurs parcours de vie, les obstacles auxquels ils se confrontent et de s’impliquer à titre citoyen dans l’animation de débat sur les thèmes qui les touchent personnellement, ainsi que sur des questions de société plus globales.

Nous remarquons que les temps de théâtre-forum sont des moments d’échanges particulièrement riches et valorisants pour tous, et que ce groupe est aujourd’hui en capacité de mutualiser ses expériences et ses questionnements.

Séance type :

Partage du repas, mise en place collective de la salle, jeux coopératifs de constitution du groupe, construction des saynètes théâtrales (maquettes) par petits groupes et à partir des envies des participants, débat (forum) à partir des maquettes, temps d’échange sur l’atelier… avant de se souhaiter « à la semaine prochaine » !

Forum public avec les participants de la boutique solidarité de Gagny, Le petit Ney, 13 décembre 2010

 

La parole aux professionnels…

Le point de vue de Nadia Lahmoudi-Thibault, éducatrice, et Yves Dervin, chef du service éducatif de la Boutique Solidarité de Gagny :

« Nous cherchions une manière innovante de nous préoccuper de cette autre exigence, tout aussi importante, qui touche à la dimension citoyenne de la personne, à sa capacité de se mobiliser et de s’investir à un projet, et qui évite le risque d’intrusion dans sa vie privée. Avant de mettre sa cravate pour chercher du boulot, il faut retrouver l’estime de soi.

Notre volonté de départ était de valoriser la parole en créant un espace de débat dans lequel la « galère » puisse se dire et où les mots puissent être mis sur la souffrance et l’incompréhension tant vis-à-vis de l’environnement de la rue que des relations avec les institutions et leurs agents. Nous avions aussi envie de travailler les interactions entre les alternatives dont chaque accueilli est porteur, de manière à ce qu’ils puissent tous retrouver leur dimension de sujet, d’être social au sein d’une société qu’ils contribuent à produire.

Le théâtre-forum a permis de construire un espace de parole citoyenne (où l’individuel peut s’inscrire dans le collectif) qui n’existe nulle part ailleurs, du moins pour ces personnes en grande précarité. Dans ce lieu dégagé des contraintes, ils peuvent échanger librement et en confiance des points de vue à propos de la vie, de la société, de leur histoire, de leurs problèmes.

Ce qui nous a impressionné, c’est la protection du groupe, le respect mutuel qu’il instaure : ce sont des mécanismes et des postures de solidarité que ce type de travail valorise. On est libre de parler de soi si l’on a envie et de ne pas le faire si on ne veut pas. Cette expérience leur permet de sortir de l’errance, de s’ancrer dans le temps et l’espace sociaux comme un citoyen et non pas comme un exclu .»

Le point de vue de Catherine Kaplan, psychologue clinicienne :

« Nous avons tous été frappés de l’adhésion sans réserve des participants et du sérieux avec lequel ils se sont impliqués dans la discipline du travail. Le changement des leurs comportements habituels est manifeste, comme si le jeu théâtral les portait et libérait en eux des ressources jusqu’ici cachées. Leur régularité et leur motivation à participer sont tout à fait inattendues, eux qui si souvent perdent les repères du temps et de l’espace. Cette expérience a donné du dynamisme au groupe et passablement chamboulé les représentations des professionnels de ce public malheureusement si souvent défini par ses manques : sans abri, sans droits, sans boulot, sans famille… Ils nous ont apparu pleins de vigueur et de forces insoupçonnées, porteurs d’une parole de liberté et surtout acteurs en lutte contre la fatalité de leur condition. »

toto

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