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Articles de la rubrique Brèves des terrains

  • Brève de terrain #7

    « Heu… Je ne sais pas comment dire… en fait, chacun a son aide… comment expliquer ça ?… chacun voit l’aide différemment. » C’est avec ces mots, incertains mais éclairés, qu’une élève de seconde de la filière professionnelle « accompagnement, soins et services à la personne » résume ce qu’elle a appris lors du caf’conf’ « aider une personne, c’est quoi ? ». Un peu comme les enfants qui apprennent à marcher, châteaux branlants émouvants, cette adolescente était en train d’apprendre par elle-même une idée aussi évidente qu’essentielle : nous n’avons pas tous la même définition des mots, la même image des choses.

    S’il y a bien une idée que nous voulons transmettre, nous qui par ailleurs ne cessons de répéter que nous n’avons rien à apprendre à personne, c’est exactement cela ! La question, ensuite, est comment on négocie nos différents points de vue… Mais là, il faut passer au forum !

    Lycée Gabriel Péri, Champigny (94), sessions d’analyse de pratiques auprès des élèves du bac pro ASSP

    MR

     

  • Brève de terrain #6

    En cette fin de saison, en attendant les vacances et la trêve des interventions, un regard rétrospectif est nécessaire pour faire le tri dans toutes ces choses qui nous arrivent sur le terrain. Défilent devant moi tout plein d’images, de visages, de mots, de rencontres, d’espaces. Mais il y a une image plus colorée que toutes les autres : celle de M., 15 ans à peine, élève dans une Section Education Motrice qui, lors du bilan, nous a dit que depuis notre intervention (un forum où se retrouvaient pour débattre collégiens handicapés et collégiens valides), elle ose sortir dans la cour de son école, elle s’est même fait de nouvelles copines. Son regard, disant cette confiance retrouvée, avec un petit sourire de bonheur, voilà ce que je garde avant tout de cette saison.

     MR

  • Brève de terrain #5

    « Je t’ai mariée à ton cousin Mouloud, au bled ! C’est comme ça ! »

    La fille de 15 ans se révolte. Elle pleure. Elle dit qu’elle ne veut pas arrêter l’école et se retrouver avec un homme qu’elle n’a pas choisi. Elle essaye sans succès de convaincre sa mère de l’aider. Heureusement, ce n’est que du théâtre, mais Yamina, 45 ans, assise sur sa chaise, ne tient pas en place. Elle ose s’exprimer : « c’est pas possible de forcer cette fille ». J’invite cette femme en hidjeb à prendre un rôle pour exprimer son point de vue. « Je ne peux pas ! Si mon mari apprend que je suis montée sur scène… ». Je renonce et m’adresse aux autres participants.

    Soudain, depuis sa place, Yamina prend le rôle de la jeune fille, sans formellement braver l’interdit, sans monter sur scène ! Mais quelque part, elle le brave quand même en refusant le choix du père et en forçant la mère à la soutenir dans son combat en lui évoquant ce qu’elle même aurait dû refuser quand elle avait son âge. Elle a pris le rôle sans bouger de sa chaise et malgré les contraintes, elle a assumé son point de vue de femme libre sur la pratique du mariage forcé.

    C’est plus fort qu’elle !

    RB

  • Brève de terrain #4

    Forum public dans un foyer de Vitry. On débat sur le thème du sida. Malgré le sujet qui touche à des tabous, les participants ne refusent pas de s’exprimer, mais quelque chose me gène.  A chaque intervention, je sens que les personnes (j’apprendrai plus tard qu’ils sont maliens à 95% et qu’ils se contraignent encore aujourd’hui à fonctionner dans un système de castes) semblent soumettre leur avis à la validation d’un autre. Ainsi des signes de tête, des regards, des gestes fermes imposent aux uns et aux autres des interdits, des censures qui remettent en question le caractère démocratique du forum. Certaines cultures seraient-elles non solubles dans le théâtre-forum ?…

    L’intérêt de cette intervention a résidé dans sa pérennité. Au bout de trois mois de pratique, de façon homéopathique, les lourdeurs archaïques ont petit à petit disparu. Les réflexes de caste ont laissé progressivement place  à des paroles libres et à des confrontations de points de vue désaliénés. C’est encourageant !

    RB

  • Brève de terrain #3

    Tous les ateliers d’Arc-en-Ciel Théâtre commencent par des jeux. Des  jeux de colonie de vacances, des jeux coopératifs, des jeux pour rire tout simplement. Jouer aux chaises musicales, au loup et l’agneau ou à 1,2,3 soleil, des  jeux pour rire ensemble. Lors de mon premier atelier, je me suis rendu compte qu’il y avait des  années que je n’avais pas ri comme ça, avec d’autres, de bon coeur, sans  arrière pensée. Je n’avais pas senti à quel point ça m’avait manqué ! Quand on a ri ensemble, on devient forcément complice, et d’un coup de baguette magique, le groupe existe. Du coup, prendre des rôles, donner son point de vue, participer, jouer la comédie, tout cela devient facile, évident. Et les alternatives proposées par les uns, les conséquences induites par les autres deviennent lumineuses. Le rire libère mais aussi éclaire.

    MB

  • Brève de terrain #2

    « Vous n’avez pas passé de message ! », m’a reproché la directrice d’un centre social parisien le lendemain d’un forum public, à mes yeux particulièrement réussi. Euh… oui, c’est-à-dire… non… notre méthode est une méthode d’Education populaire, pas d’instruction civique. Durant deux heures les participants ont pu échanger, mine de rien, sur une dizaine de thèmes, phosphoré autour d’autant d’idées, dont certaines très originales, ils sont rentrés chez eux pleins de munitions pour changer leur quotidien, gonflés à bloc du sentiment qu’ils ne sont ni seuls, ni isolés. Il n’y a pas de meilleur message à faire passer !

    MR

  • Brève de terrain #1

    Elles rigolent comme des enfants, de ce rire sonore et pur que leur innocence d’un coup retrouvée censure timidement, deux mains venant cacher leur bouche. Elles viennent des quatre coins du monde ces femmes, de plein de pays d’Afrique, de l’immensité russe, du Japon, de l’Inde. Je les retrouve une fois par mois, afin d’alimenter différemment le cours de français qu’elles suivent. Et c’est d’indépendance qu’elle parlent le plus souvent, du changement tant désiré, de la mentalité masculine qui les oppresse, de leur besoin d’égalité. Et à chaque fois que ce mélange de cultures fait émerger une proposition de changement jusqu’alors insoupçonnée, elles rigolent de ce rire d’enfant. Pouvoir de transgression du théâtre. Pouvoir de résistance du rire.

    MR

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